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samedi 29 septembre 2007

Avant moi le déluge

Je me suis récemment posé une question: c'étaient qui les informaticiens avant qu'on invente l'informatique? Par "informaticiens", je veux dire ceux qu'on appelle les "geeks" ou autres "no-life".
Ca ne vous a jamais traversé l'esprit? Il faut dire que c'est quand même une race à part que ces gens-là. Ils fréquentent avec assiduité les chats, forums, blogs; ils jouent à Second Life ou WoW toute la journée (ou plutôt toute la nuit) et ils parlent un langage étrange fait d'anglicismes et de mots très techniques. Bref, vous en connaissez tous au moins un. Et il est possible que vous en soyez un, en ce cas je m'excuse pour ceux que je froisserais...
Donc, ma question est: qui étaient ces gens avant que l'informatique n'apparaisse et que faisaient-ils? Plusieurs possibilités:
  • Ils collectionnaient les timbres ou les papillons.
  • Ils s'envoyaient des télégrammes avec "Kikoo lol" pour seul et unique message.
  • Ils n'existaient pas.
  • Ils jouaient à Warhammer et peignaient leurs figurines à la main.
  • Ils dessinaient des smileys sur les murs de leur caverne.
  • Ils avaient des copines dont le nom ne se terminait ni par .jpg ni par .wma.
D'autres suggestions?

mardi 17 juillet 2007

Les Polytechniciens

Nombreux sont ceux qui me diront qu'ils ont déjà lu ça. C'est vrai, mais je crois que ce texte que j'ai écrit sur mes voisins il y a plusieurs années mérite sa place dans ce blog.

Arrivant à la fin de ma troisième année d’étude, il m’a semblé qu’il était venu le moment de faire le point sur certaines choses. En effet, mon rôle de sociologue (en formation) me pousse à observer le monde qui m’entoure. Ces trois dernières années m’ont donné de nombreuses occasions de mettre à profit mon sens de l’observation et mon esprit critique, que j’espère avoir pu développer un tant soit peu en milieu estudiantin. Toutefois, s’il est un milieu qui m’a permis de faire maintes observations, c’est bien le TSOL (Transport du Sud-Ouest Lausannois). On y rencontre des gens d’origines diverses, ou plutôt devrais-je dire « des gens pas comme nous ». On comprendra aisément où je veux en venir : les étudiants de l’EPFL. Ces gens ne sont effectivement (pour la grande majorité, cela dit sans vouloir faire de généralisation abusive) pas comme les autres. Ce qui peut être assez frustrant et déroutant pour ceux qui ont affaire à eux. Pour pouvoir y faire face, il convient de comprendre leur mode de vie et leurs motivations. C’est ici ce à quoi je vais tenter de m’atteler. Il conviendrait bien évidemment qu’à ce stade-là de ma recherche, je mentionne mes sources. Comme personne ne va jamais les vérifier, je vais passer outre ce fastidieux exercice. Je mentionnerai simplement que le présent exposé est fortement inspiré d’un autre texte, car j’ai trouvé le texte idéal, reflétant le fond de ma pensée de manière quasi parfaite (bien qu’il ne parle pas des polytechniciens) et j’ai trouvé judicieux (et reposant) de m’en inspirer quelque peu, tout en m’efforçant d’y ajouter nombre d’observations plus personnelles.

Les différents polytechniciens (c’est ainsi que je nommerai les étudiants/professeurs de l’EPFL ou encore les « EPFLiens) ont des caractéristiques communes. C’est pourquoi je ne vais pas faire de différence entre les orientations qu’ils ont prises (informatique, physique, etc.). On l’aura compris, je ne suis pas EPFLiens, j’ai appris à les connaître en les observant. Pour bien les comprendre, il convient de tenter de se mettre à leur place, ou plutôt dans leur tête malgré tous les risques que cela comporte.

Les Polytechniciens II

Tout d’abord, une question s’impose. Comment les identifier ? On s’apercevra par la suite que c’est chose aisée, mais j’ai conscience que pour un non-initié cela peut poser problème. Avant d’entrer dans les détails, il convient ici de faire un petit test. En effet, il se peut que dans votre malheur vous soyez l’un d’entre eux. Pour en être sûr, répondez à la question suivante :

En entrant dans une pièce, vous remarquez qu’un tableau est de travers, vous…

* le redressez.

* n’en tenez pas compte.

* achetez un niveau électronique dernière génération et passez les six mois suivants à concevoir un cadre auto-positionnant qui fonctionne à l’énergie solaire sans cesser de répéter à qui veut (ou ne veut pas d’ailleurs) l’entendre que l’inventeur du clou est un parfait imbécile.

Si vous avez opté pour la troisième proposition, vous ne devriez pas lire ce qui suit. Vous risqueriez d’être vexé ou, et c’est plus probable, de ne pas comprendre la plupart des subtilités. Vous devriez également y réfléchir à deux fois si vous avez pensé « ça dépend ».
Maintenant que les choses sont claires, je vais tenter d’expliquer quels sont les nobles motifs, parfaitement raisonnés, qui se cachent derrière ce que les personnes « normales » perçoivent comme d’étranges comportements. Je rappellerai ici que mon but est de comprendre ces gens et que par conséquent, la suite de mon exposé se fera en tentant d’adopter leur point de vue.

Les Polytechniciens III

La compétence sociale

Il est injuste de suggérer, comme cela a souvent été fait, que les polytechniciens sont socialement inaptes. Ils ont simplement des objectifs différents des nôtres dans les rapports sociaux.
Les gens comme vous et moi attendent des rapports sociaux plusieurs choses irréalistes :

* une conversation stimulante qui amène à réfléchir

* des contacts importants

* une certaine affinité avec d’autres humains

Ces buts sont absurdes et stupides. Le polytechnicien sait que ces soit-disant « conversations stimulantes » portent souvent sur des sujets ridicules tels que la météo, le sport, la politique et les « sentiments ». Ils ne présentent pas la moindre utilité, ni le moindre intérêt.
Les EPFLiens savent que les contacts interpersonnels n’ont pas une grande importance pour eux. L’important pour eux n’est pas « qui ils connaissent », mais « qui en connaît moins qu’eux ».
Le sentiment d’avoir une certaine affinité avec des idiots à base de carbone et d’H2O est aussi réjouissant que de se retrouver menotté avec une loutre épileptique. Je n’en dirai pas davantage. Et si vous croyez que c'est facile de faire des métaphores, essayez pour voir.
Contrairement aux gens normaux, les polytechniciens ont des objectifs raisonnables dans leurs rapports sociaux :

* s’en débarrasser le plus vite possible

* obtenir rapidement l’adresse e-mail de la personne afin de pouvoir parler avec elle grâce à un moyen plus élaboré que la simple et bête parole

* éviter de se faire inviter à des manifestations ennuyantes

* démontrer sa supériorité intellectuelle et sa maîtrise de tous les sujets

La compétence sociale d’un polytechnicien doit être mesurée sur la base de ces objectifs et non pas sur la base des critères farfelus auxquelles se réfère la société. Vu sous cet angle, on s’accordera à dire que les EPFLiens sont des gens très efficaces dans leurs rapports sociaux.

Les Polytechniciens IV

La fascination pour les gadgets

Pour le polytechnicien, tout ce qui compte dans le monde se range dans l’une ou l’autre de ces catégories : a) les choses ayant besoin d’être réparées b) les choses avec lesquelles on a joué quelques instants et qui ont donc besoin d’être réparées. Les polytechniciens aiment résoudre les problèmes. Lorsqu’il n’y en a pas, ils en créent eux-mêmes. Les gens normaux croient que les choses qui fonctionnent n’ont pas besoin d’être réparées. Les polytechniciens pensent qu’il leur manque certaines caractéristiques.
• Aucun EPFLien ne regarde une télécommande sans se demander comment faire pour la transformer en pistolet à neutron.
• Aucun EPFLien ne peut prendre une douche sans se demander si un revêtement en Téflon n’éviterait pas à avoir à se doucher.
• Pour l’EPFLien, le monde est un coffre à jouets rempli de jouets qui n’ont pas été optimisés et auxquels il manque des caractéristiques.
Tout cela est bon pour la société.

La mode et le look

Les vêtements sont la dernière priorité d’un polytechnicien, pour peu qu’ils soient adaptés à la température ambiante. Si aucun appendice ne gèle ni ne fond et si aucune partie génitale ni glande mammaire ne se balancent aux yeux de tout le monde, l’objectif de l’habillement est atteint.
Si on y réfléchit, logiquement, on est la seule personne qui ne soit pas obligée de se regarder. Les polytechniciens se disent que leur apparence ne dérange que les autres et que par conséquent, il n’y a pas lieu de l’améliorer. Avantage non négligeable : la laideur de leur apparence peut pousser les gens à ne pas venir leur parler.

L’adoration pour la science-fiction

Les polytechniciens vouent un véritable culte à tout ce qui a trait à la science-fiction. C’est normal car leurs alter-ego (ingénieur de l’Enterprise, mécanicien de Star Wars, etc.) ont des rôles de héros et il leur arrive même de coucher avec des extra-terrestres. Le polytechnicien s’identifie à eux grâce à un phénomène abstrait. Ça n’a tellement rien à voir avec la dure réalité quotidienne du polytechnicien qui passe sa vie à se cacher du reste du monde et à assouvir ses pulsions sexuelles sans l’aide d’aucune autre forme de vie. On peut penser que la science-fiction continuera de déchaîner les passions aussi longtemps que ça n’aura rien de réaliste (ce qui est sémantiquement évident, je l’accorde volontiers). Elle permet au polytechnicien de sortir de leur triste vie quotidienne.
L’adoration pour la science-fiction mène tout naturellement au culte du jeu-vidéo. Dans le même ordre d’idée, le jeu-vidéo permet à l’EPFLien de sortir de sa triste réalité. Il peut incarner un héros de la 2e Guerre Mondiale, alors que son atrophie musculaire générale et son manque de coordination lui permettent à peine de marcher. Il peut être un grand meneur d’homme, position que son inaptitude à communiquer lui interdit dans la « vraie vie ». Bref, on constatera ici aussi, que le jeu-vidéo constitue en un excellent moyen pour le polytechnicien d’oublier la médiocrité de sa vie.

Les Polytechniciens V

Les rendez-vous et les sorties

Il n’est jamais facile pour un polytechnicien de sortir avec quelqu’un. Les gens normaux déploient toutes sorte de basses stratégies pour se donner une apparence séduisante. Les polytechniciens sont incapables de placer l’apparence au-dessus de la fonction. Ce principe est bon pour la société. On ne voudrait pas en effet qu’un ingénieur mette au point un réacteur nucléaire qui donne simplement l’impression de retenir les radiations. Cela dit, ce principe consiste en un gros désavantage pour les polytechniciens lorsqu’il est question de rapports amoureux.
Les EPFLiens n’aiment pas les conversations banales parce qu’on n’en retire aucune information utile. Il est beaucoup plus utile d’expliquer un problème technologique complexe au premier être humain venu qui se tient tranquille. Malheureusement, il semble que les personnes normales préfèrent qu’on leur introduise un rouleau à pâtisserie dans le nez plutôt qu’on leur parle de technologie.
Cela étant, ce n’est pas une raison pour arrêter de faire part d’importantes connaissances à ceux qui ne le veulent pas. Il arrive parfois que les gens normaux tentent de faire comprendre par la gestuelle aux EPFLiens que la conversation est terminée. L’EPFLien ne tient pas compte de cette forme de communication, car c’est une science des plus inexactes. Un EPFLien est pratiquement incapable de faire la différence entre une marque d’intérêt et un état comateux.
Tout ces constats consistent en de gros désavantages pour ce qui est des rendez-vous amoureux. Heureusement, les polytechniciens ont un atout : ils sont reconnus comme étant de bons partis pour le mariage. En effet, ils sont intelligents, salariés, honnêtes et très utiles dans la maison. S’il est vrai que beaucoup de gens normaux préfèreraient ne pas sortir avec un polytechnicien, la plupart espère en trouver un pour se reproduire. Car il produira des enfants à son image, qui auront des emplois grassement rémunérés bien avant de perdre leur virginité.

N.B. Une récente étude a démontré que, mis en contact avec un polytechnicien, 9 personnes sur 10 préfèrent se fourrer un rouleau à pâtisserie dans le nez plutôt que de l’écouter parler de technologie. La 10e personne a préféré qu’on lui fourre le polytechnicien. Paix à son âme.

Les Polytechniciens VI

L’ego des polytechniciens

Concernant son ego, deux choses comptent pour le polytechnicien : 1) son intelligence supérieure 2) le nombre de gadgets électroniques qu’il possède. Connaissant ces éléments, il est facile de se servir d’un polytechnicien. Le meilleur moyen de faire résoudre un problème à un polytechnicien est de lui dire que le problème est insoluble. Le polytechnicien peut rester plusieurs jours sans manger ni se laver pour résoudre un problème (il faut noter ici qu’il arrive aussi qu’il oublie de se laver sans raison particulière, tout simplement). Et lorsqu’il parvient à trouver la solution, il ressent une poussée d’ego plus forte qu’un orgasme ; même qu’un orgasme obtenu par des rapports avec autrui. Non seulement c’est meilleur sur le moment, mais ça dure aussi longtemps que les autres acceptent de l’écouter raconter son exploit.
Rien ne menace plus l’EPFLien que l’évocation de quelqu’un doté de plus de compétence techniques que lui. Les gens normaux se servent de cette faiblesse pour faire davantage travailler l’EPFLien. Lorsqu’un polytechnicien répond qu’il est impossible de faire telle ou telle chose, il convient de lancer d’un air navré quelque chose du genre : « Je vais demander à Rémi ce qu’il en pense. Il sait résoudre les problèmes techniques complexes… ». Dès lors, le polytechnicien se ruera sur le problème et tentera de le résoudre coûte que coûte.


Tordons le cou aux idées reçues

Il serait faux de penser que tous les polytechniciens sont pareils et répondent à la définition qui en est ici donnée. Il convient de mentionner quelques exemples, rencontrés après avoir interrogé 1306 polytechniciens, afin de le prouver :

* Alain Dupuis, physique 3e année, a le sens du rythme.

* Jean-Philippe Vogt, doctorant en chimie, a eu un 2e rendez-vous galant avant l’âge de 24 ans.

* Séverine Vuille, génie rural 1ere année, est une fille.

* Olivier Kretz, informatique 3e année, se moque de savoir comment fonctionne sa télécommande, du moment qu’elle fonctionne.


Voilà la liste, totalement exhaustive il faut bien l’avouer, de polytechniciens ne correspondant pas à l’image que l’on s’en fait habituellement. Toute découverte d’autres spécimens est la bienvenue.

Les Polytechniciens VII

En définitive…

On notera pour terminer que nombre de polytechniciens n’ont pas conscience de la tristesse de leur existence. Ici encore, il convient de réfléchir en se mettant à leur place. Un week-end dont les activités se réduisent à passer la journée devant son écran à tuer des cyber-amis, se nourrir de produits surgelés et parcourir à pied une distance inférieure à 1.5km est considéré comme particulièrement réussi.

Au regard des éléments précités, on pourrait croire qu’un EPFLien est quelqu’un de particulièrement triste et voué à mener une existence morose. Cela est faux. Il ne faut pas croire que les polytechniciens se plaignent de la futilité de leur vie. Au contraire, ils se considèrent comme les détenteurs de la Vérité. Leur philosophie devrait être adoptée par le reste de la société, tout particulièrement ces imbéciles qui pratiquent du sport, sortent le week-end et qui croient qu’on peut lire un livre sans Acrobat Reader 3.01.
L’évidence nous amène à constater que le polytechnicien a un regard biaisé sur la réalité des gens normaux. A moins que ce soient les gens normaux qui appréhendent mal la réalité. La question est posée, le débat est ouvert. Loin de moi l’idée de prendre parti pour l’une ou l’autre de ces positions, mon rôle d’observateur neutre me l’interdisant…